Ségou'Art

Festival sur le Niger 2021

Thème : « Culture et COVID-19 : Quel Espace pour le Digital en Afrique »

Du 04-07 Février 2021

Mali : une semaine de résistance au festival sur le Niger à Ségou

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Depuis 2005, le festival sur le Niger, organisé dans la ville de Ségou au Mali, offre une programmation pointue et une fête populaire. L’un des meilleurs festivals d’Afrique s’est déroulé du 4 au 10 février avec une organisation sans faille.


Concerts, expositions, conférences, pièces de théâtre, foire de l’artisanat, caravane de la paix, déambulations de troupes traditionnelles dans les rues, l’opérateur culturel malien Mamou Daffé, avec son festival à la renommée établie à travers l’Afrique, a offert une parenthèse festive à sa ville, Ségou, peuplée de plus de 150 000 personnes et située à 240 km au nord de Bamako.

Il a invité le visiteur à se promener dans un rêve éveillé. Le sien, celui d’un Mali vibrant qui pense, crée et rend hommage à ses talents, traditionnels et contemporains. Le tout, même en temps de guerre. Le thème de l’édition 2020 relevait d’une prise de position : « Réconciliation et cohésion sociale ».

Un homme d’affaires discret, Mamou Daffé

Mamou Daffé est un homme d’affaires discret appuyé par la Fondation Doen des Pays-Bas. Il a progressivement monté une entreprise culturelle. Et emploie une centaine de personnes à Ségou, entre le centre culturel Koré, une Fondation pour le festival qui organise des formations et accueille des artistes en résidence, et le grand « village » de Ségou’Art, monté pour le festival.

Son écosystème comprend un hôtel, le Savane, aux cases rondes dispersées dans un beau jardin, le festival et la foire d’artisanat, qui se tient dans l’une des principales artères du centre-ville.

Logé dans un édifice qui reprend l’architecture ocre de Tombouctou, le centre Koré tire son nom d’une société d’initiation traditionnelle à laquelle Mamou Daffé appartient, et qui l’escorte à l’ouverture du festival, dans une joyeuse procession entourée par des marionnettes géantes. Ce lieu impeccablement tenu abrite une salle d’exposition, une salle de conférences, une scène à ciel ouvert, une salle de projection et une médiathèque.

Le centre a organisé pendant deux jours un colloque. Ce dernier a fait quelques vagues, autour d’un thème difficile : « Migrations et identités ». Le commissaire d’exposition Simon Njami était là, pour commenter avec un humour mordant les analyses de professeurs comme Ismaïl Maïga, qui a affirmé que les enfants issus de l’immigration malienne en France se trouvent « dans un entre-deux permanent, c’est-à-dire rien, et à chaque moment ils ont besoin de quelqu’un de crédible qui puisse leur offrir une pensée cohérente à laquelle adhérer ».

Sur la question de l’identité que peut conférer ou non un passeport français, Simon Njami a lancé : « Le plus Haïtien des Haïtiens que je connaisse n’a pas de passeport français, mais il est membre de l’Académie française. »

La critique politique de Cheikh Diallo, pape du design

Au bord du fleuve, tout un « village » a été construit, avec plusieurs salles d’exposition et une scène musicale. Les œuvres données par les grands de l’art africain au Fonds africain de la culture lancé en 2017 étaient visibles : des Soly Cissé, Nu Bareto et autres Sanogo. Dans six autres salles, plusieurs expositions ont réuni des plasticiens prometteurs du pays, parmi lesquels le sculpteur Hamidou Koumaré et le peintre Daouda Traoré.

 

 

 

 

 

 

Le jeune sculpteur Hamidou Koumare et l’une de ses œuvres. RFI/Sabine Cessou

Le très renommé Abdoulaye Konaté, un jour avant le vernissage, s’étonnait de sa propre aura auprès des jeunes créateurs, devant des toiles en lanières de cuir découpé ou des dégradés de couleurs en tissu qui rappellent les siennes. Clou du spectacle à Ségou : sa dernière œuvre monumentale, un dégradé de bazin bleu indigo souligné d’orange, a été présentée dans une vaste salle panafricaine où l’on retrouvait des tableaux signés par de grands noms présents dans la salle, Barthélémy Toguo, Viyé Diba et Soly Cissé, sans oublier les sculptures de Siriki Sy.

Dans une salle adjacente peinte en jaune citron, Cheikh Diallo, précurseur du design africain contemporain, a monté une installation au sens très politique. De très hautes chaises en papier kraft, assez fragiles, symbolisant le pouvoir, avec des protubérances de fleurs de papier. Ce que l’artiste appelle « le virus ». Autrement dit, « la grosse tête » des sommets, le désir d’y rester, la captation de la richesse, « l’oubli de ceux d’en bas ».

En contrepoint, une toile bleutée montrant un champ de fleurs rouges, intact à la base mais de plus en plus troué par des brûlures en allant vers le sommet.

Un festival populaire et gratuit

Cheikh Diallo, un designer d’envergure internationale basé à Bamako, n’a pas eu besoin de se faire prier pour venir. « J’aime le festival, dit-il. Je viens y chercher de l’énergie, car il en donne. Il faut connaître Ségou et le poids de la tradition, les gens y tiennent ! Sans la tradition le festival n’aurait pas lieu : il est d’abord populaire ».

Une organisation sans faille, rondement menée, a fait des envieux chez les organisateurs d’autres manifestations culturelles en Afrique de l’Ouest. Programme, livret, photos et biographies, badges, déplacements, tout a fonctionné avec précision. Traités comme des rois, les professionnels invités se sont délectés dans un tourbillon de culture, pendant que des jeunes dansaient dans la rue.


Des hommes masqués ont défilé lors du Festival sur le Niger à Ségou MICHELE CATTANI / AFP

Les consignes ont été strictement respectées. Deux fouilles à l’entrée avec détecteur de métaux, et impossible d’entrer sans bracelet ou badge. Sur le site au bord du fleuve qui a accueilli la foule, gratuitement, la scène était encadrée par des policiers, par ailleurs nombreux à circuler en civil parmi les festivaliers.

Au final, une seule attaque aura ralenti les festivités, qui ont rassemblé 250 000 personnes. Celle d’un essaim d’abeilles parti d’une calebasse renversée, au village Ségou’Art. Les pompiers ont douché les insectes. Quant aux rumeurs d’attentat, qui se répètent d’année en année, elles n’ont pas empêché la ville de se réjouir.

L’armée a été déployée au nord du fleuve pour protéger la ville, et depuis deux ans, la mission de soutien aux capacités de sécurité intérieure, Eucap Sahel Mali, accompagne l’événement. Ségou semblait protégée, tout au long de cette semaine miraculeuse, par la simple ferveur de sa population.

http://www.rfi.fr/fr/culture/20200217-mali-festival-niger-art-semaine-r%C3%A9sistance

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